30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 07:06

                                             

                                           À mon ami Behrisch

 

                      I

 

 

Transplante le bel arbre,

jardinier ! il me fait pitié,

Ce tronc était digne

d'une terre plus heureuse.

 

La puissance de sa nature

résiste encore, contrepoison

à l'avarice épuisante de la terre,

à la pourriture rongeuse de l'air.

 

Vois comme il pousse au printemps

ses feuilles d'un vert pâle :

leur senteur d'oranger

est un poison à la vermine.

 

La dent sournoise de la chenille

s'émousse sur ses feuilles

leur clarté d'argent scintille

dans le soleil.

 

La jeune fille

couronnée pour les fiançailles

désire de ses branches ;

les jeunes gens espèrent des fruits.

 

Mais vois ! l'automne vient

et voici que la chenille

accuse par-devant l'araignée rusée

l'invulnérabilité de l'arbre.

 

Et voici qu'en planant

la magnifique ennemie

abandonne sa demeure

et va à l'arbre bienfaisant

 

et vainement s'efforce de nuire :

mais la très ingénieuse

recouvre d'une grisâtre horreur

les feuilles d'argent,

 

et, triomphante,

regarde passer

la jeune fille effrayée,

le jeune homme attristé.

 

Transplante le bel arbre,

jardinier ! il me fait pitié.

Arbre, rends grâce au jardinier

qui te transplante.

 

 

 

Goethe

Chefs-d'œuvre lyriques du nord (Angleterre - Allemagne)

Anthologie par O.V. de L. Milosz

Éditions André Silvaire, 1968

 

 

 

 

 

 

 

Verpflanze den schönen Baum,                 
Gärtner! er jammert mich;
Glücklicheres Erdreich
Verdiente der Stamm.

 

Noch hat seiner Natur Kraft
Der Erde aussaugendem Geize,
Der Luft verderbender Fäulnis
Ein Gegengift, widerstanden.

 

Sieh, wie er im Frühling
Lichtgrüne Blätter schlägt;
Ihr Orangenduft
Ist dem Geschmeiße Gift.

 

Der Raupen tückischer Zahn
Wird stumpf an ihnen,
Es blinkt ihr Silberglanz
Im Sonnenscheine.

 

Von seinen Zweigen
Wünscht das Mädchen
Im Brautkranze,
Früchte hoffen Jünglinge.

 

Aber sieh, der Herbst kömmt,
Da geht die Raupe,
Klagt der listigen Spinne
Des Baums Unverwelklichkeit.

 

Schwebent zieht sich
Von ihrer Taxuswohnung,
Die Prachtfeindin herüber
Zum wohltätigen Baum,

 

Und kann nicht schaden.
Aber die Vielkünstliche
Überzieht mit grauem Ekel
Die Silberblätter,

 

Sieht triumphierend,
wie das Mädchen schaurend,
Der Jüngling jammernd
Vorübergeht.

 

Verpflanze den schönen Baum,
Gärtner, er jammert mich.
Baum, danke dem Gärtner,
Der dich verpflanzt!

 

 

 

 

Goethe's poetische und prosaische Werke in zwei Bänden

Volume 1, numéro 1

SG