4 janvier 2015 7 04 /01 /janvier /2015 08:58

 

1.

 

Sibylle brûlée ; Sibylle tronc.

Tous les oiseaux sont morts, mais le dieu est entré.

 

Sibylle ivresse ; Sibylle aride.

Toutes les veines sont sèches : l'homme est ardent !

 

Sibylle absente ; Sibylle bâillement

du sort et de la mort ! Arbre entre les vierges.

 

Puissant arbre nu dans la forêt :

d'abord le bois bruissait dans le feu.

 

Puis, sous les paupières  fuite prise au dépourvu

le dieu a jailli en fleuves secs.

 

Et soudain, désespérée de chercher au-dehors :

cœur et voix découragés  en moi !

 

Sibylle sapience ! Sibylle voûte !

Ainsi l'Annonciation s'accomplit à cette

 

heure sans âge ; ainsi dans la grisaille des herbes

la virginité fugace, devenue caverne

 

pour une voix prodigieuse...

                                          — Ainsi en un tourbillon d'étoiles,

la Sibylle est absente des vivants.

 

 

                                5 août 1922

 

 

 

Marina Tsvétaïéva

Après la Russie

Traduit du russe par Bernard Kreise

Éditions Payot & Rivages, 1993

SG