18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 08:49

 

J'ai rêvé de toi majesté invisible

planant sur le vieux nom des choses.

Enraciné en douleur de la cendre

rien qu'un homme, je te portais, sépulcre,

père mort, au-dedans de moi, en silence,

je t'appelais avec des paroles de vent

d'antiques millénaires, qui enflamment la colère.

Jamais tu n'as répondu au cri et me laissais

en crainte de nuit, feu secret, haute flamme,

Arbre Dieu dans la nuit.

 

 

 

 

Arbre

 

 

Jo et vaig somniar majestat invisible
que plana pel vell nom de cada cosa.

Arrelat en dolor de la cendra,
un home només, et portava, sepulcre,
pare mort, dintre meu, en silenci,
i et cridava amb paraules de vent
d’antics mil
·lenaris, que encenen la ira.
No has respost mai al clam i em deixaves
en temença de nit, foc secret, alta flama,
Arbre Déu en la nit.

 

 

 

 

Salvador Espriu

Cimetière de Sinera

suivi de les heures et de semaine sainte

Traduit du catalan par Malthilde et Albert Bensoussan

et Denise Boyer

José Corti, 1991

 

 

 

 

Arbre

Photo : Wikimedia Commons

 

 

 

Quand tu t'arrêteras

là où mon nom t'appelle,

souhaite que dorme

rêvant de mers calmes

la clarté de Sinera.

 

                  B., mars 1944 - mai 1945.

 

SG