21 janvier 2019 1 21 /01 /janvier /2019 09:50

 

L'arbre era solitari al mig d'un camp llaurat, imatge simètrica de la vida i de la mort, imatge en aquest moment de l'esterilitat que ens dóna la por dels febles. Jo tanvaca els ulls imaginant el blat dolç, els seus somriures, la civada amagada com el cor d'una tímida joveneta, el blat de moro arrogant, roc dur, el gira-sol que prepara les resplandors i la calor del desig en la nostra sang. De sobte vaig obrir els ulls com qui sap que el món dels somnis necessita la realitat de l'avui per ser el nostre món ideal en el qual els passos, els anys accepten d'integrar-se. Oblidava que havíem vingut els dos per anar cap a la capelleta de Sant Joan. Ara veient el teu somriure esperava que la teva veu plena de boires digués-cantés: « Es estrany!...» Era en efecte estrany aquest arbre sol al mig de l'enorme camp treballat. Jo no havia vist l'arbre inútil — m'ho pensava —, només la calor i la vida en els solcs simètrics. Tu no digueres res. Avançaves vers l'arbre i les precaucions que prenies per no destruir l'obra en la qual circulava la sang i les imaginacions de l'home et donava un portant de gegant calçat de botes imaginàries que li permeten anul·lar les distàncies amb un pas desmesurat com l'ambició. Arribares. Tocares l'arbre, quasi una carícia. Tornares. Digueres: « És viu.» Res més. Com sempre home de pocs mots només havies vist l'esperança malgrat l'hivern.

 

 

 

Jep Gouzy

Les Eloqüències del silenci

Les Éloquences du silence

Traduit du catalan par Renée Sallaberry

Fédérop, 2000

 

 

 

 

 

Arbre sans forêt

 

 

L'arbre était solitaire au milieu d'un champ labouré, image symétrique de la vie et de la mort, image en ce moment-là de la stérilité qui nous remplit de la peur des faibles. Moi, je fermais les yeux imaginant la douceur du blé, ses sourires, l'avoine cachée comme le cœur d'une jeune fille timide, le maïs arrogant, dur caillou, le tournesol qui prépare les splendeurs et la chaleur du désir dans notre sang. Soudain j'ouvris les yeux comme celui qui sait que le monde des rêves a besoin de la réalité du présent pour être notre monde idéal où les années acceptent de se ranger. J'oubliais que nous étions venus, tous les deux, pour aller à la petite chapelle Saint-Jean. Alors, en voyant ton sourire j'attendais que ta voix pleine de brouillards dise — chante : « C'est étrange...» Il était en effet étrange cet arbre seul au milieu du grand champ labouré. Moi, je n'avais pas vu l'arbre inutile — je le croyais du moins — mais seulement la chaleur de la vie dans les sillons symétriques. Tu n'as rien dit. Tu avançais vers l'arbre et les précautions que tu prenais pour ne pas détruire l'œuvre où circulait le sang et les imaginations de l'homme te donnaient une démarche de géant chaussé de bottes imaginaires qui lui permettaient d'annuler les distances d'un pas démesuré comme l'ambition. Tu l'as atteint. Tu as touché l'arbre, une caresse presque. Tu es revenu. Tu as dit : « Il est vivant.» Rien d'autre. Comme toujours, homme de peu de mots, tu avais vu uniquement l'espoir malgré l'hiver.

 

SG