29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 08:26

 

                                                     à Luc Estang

 

 

L'arbre des morts part pour la haute mer

ses feuilles sont poissons de métal souple

ses fruits bateaux qui ne reviendront pas

 

Les gisants d'ombre attachés au rivage

maisons tombeaux, rochers, débarcadères

soufflent dans son branchage un vent de pierre

 

Sa chevelure fend le phosphore et les algues

les étoiles filantes dérivent dans sa sève

parmi tous les feux de la terre

 

Il est le grand fleuve de lave

le serpent d'or au sein des lames

il est l'éclair uni aux flots.

 

le trident de l'orage creuse dans son aubier

des nœuds qui sont remous profonds.

il se dirige vers la plus haute tour

 

vers le phare qui se confond

avec un astre encore couché

de l'autre côté de la nuit

 

L'arbre funèbre atteint la pleine mer

il se croit seul quand mille autres l'entourent

offrant leur flambée obscure à la lune

 

De tous les points de l'horizon

déferle une immense forêt

où la plume plonge où l'écaille vole

 

et ces rameaux sevrés d'air et de rêves

gonflés d'encre ainsi que des poulpes

trouvent l'oubli dans un matin de lait

 

Alourdis de glace et de plomb

les évadés rallient le port

dont le soleil blanchit les cendres

 

Une frondaison de nuages

plane au large des cimetières

et condense l'eau maternelle

 

 

 

 

Louis Guillaume

Étrange forêt

La Part Commune, 2007

SG