21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 08:15

 

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Le solitaire

 

 

Une cour d'école, simple et ensoleillée

entourée de masures aux murs couverts de mousse,

un peuplier qui dresse son jaune branchage,

un couloir très long, un rosier fait rose.

 

Le temps, le capricieux magicien qui affuble

de vêtements confus la quiétude des choses,

a tout rendu triste  et terreusement triste

mais c'est une tristesse négligente et belle.

 

Superbe et orgueilleux le peuplier s'élève,

son branchage doré et puissant ondulant

au-dessus de la douce tristesse des choses.

 

Le peuplier dédaigne ce qui sous lui s'étend.

Il n'a pas un regard pour le rosier qui tend

vers lui l'odeur sacrée de ses dernières roses.

 

 

 

 

Pablo Neruda

Cahiers de Temuco (1919-1920)

Traduction de Claude Couffon

Le Temps des Cerises, 2003

SG