5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 07:46

 

Ah ! si la parole était un art mécanique, une institution arbitraire, comme l'ont avancé Hobbes et avant lui Gorgias et les sophistes de son école, aurait-elle, je le demande, ces racines profondes, qui, sortant d'une petite quantité de signes et se confondant d'un côté avec les éléments mêmes de la nature, jettent de l'autre ces immenses ramifications qui, colorées de tous les feux du génie, envahissent le domaine de la pensée, et semblent atteindre jusqu'aux limites de l'infini ? Voit-on rien de semblable dans les jeux de hasard ? Les institutions humaines, si parfaites qu'elles soient, ont-elles jamais cette marche progressive d'agrandissement et de force ? Quel est l'ouvrage mécanique qui, sorti de la main des hommes, puisse se comparer à cet orme altier dont le tronc, surchargé maintenant de rameaux, dormait naguère dans un germe imperceptible ? Ne sent-on point que cet arbre puissant, qui d'abord faible brin d'herbe, perçait à peine le sol qui en recelait les principes, ne peut, en aucune manière, être considéré comme la production d'une force aveugle et capricieuse ; mais, au contraire, comme celle d'une sagesse éclairée et constante en ses desseins.
Or, la parole est cet arbre majestueux. Ainsi que lui, elle a son germe ; ainsi que lui elle jette ses racines, en petit nombre, dans une nature féconde dont les éléments sont inconnus ; ainsi que lui, elle rompt ses liens, elle s'élève ; elle échappe aux ténèbres terrestres ; elle s'élance dans des régions nouvelles, où, comme lui, aspirant un élément plus pur, abreuvé d'une lumière divine, elle étend ses rameaux et les couvre de fleurs et de fruits.

 

 

 

Antoine Fabre d'Olivet

La langue hébraïque restituée

et le véritable sens des mots hébreux

rétabli et prouvé par leur analyse radicale

1815

SG