2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 08:21

 

Les enfants se figurent la mort comme une accumulation

d'ombres entre les arbres : une cachette

pour tout ce que les adultes ne peuvent nommer.

Pourtant, ils se pressent pour ne pas manquer le rendez-vous

au fond des bois, au point de rencontre des lignes parallèles,

là où tout est modifié de son propre

élan  modifié même si nous disons transformé

lévrier en chevreuil, rires en peau et os.

Et personne ne survit à la chasse : bien que les hommes rentrent

en groupes de trois ou quatre, le visage rendu inexpressif par le froid,

ils n'atteigent jamais vraiment ce qu'ils semblent être,

laissant au cœur de la forêt une tournure de phrase ou

une chanson de leur enfance, penchés sur la proie qui tressaille,

ils attendent, tandis que leurs couteaux transpercent le sang

comme du beurre ou de la soie, que le cœur s'arrête.

 

 

 

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The hunt by night

 

 

How children think of death is how the shadows

gather between the trees: a hiding place

for everything the grown-ups cannot name.

Nevertheless, they hurry to keep their appointment

far in the woods, at the meeting of parallel lines,

momentum, altered, though we say transformed

greyhound to roebuck, laughter to skin and bone;

and no one survives the hunt: though the men return

in the threes and fours, their faces blank with cold,

they never quite arrive at what they seem,

leaving a turn of phrase or a song from childhood

deep in the forest, bent to the juddering kill

and waiting, while their knives slip through the blood

like butter, or silk, until the heart is still.

 

 

 

John Burnside

Chasse nocturne

The hunt by night

Traduit de l'anglais (Écosse) par Françoise Abrial

Meet, 2009

SG