30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 08:44

 

Mon enfance aussi triste qu'un chant qui ne cesse

et se perd dans la brume, la lumière ou la mer.

 

Mon enfance triste

claire comme un vœu virginal de chasteté. 

 

Mes heures lointaines, mes heures perdues

qui dans le lointain se font plus saintes encore.

 

Ni frère. Ni tendresse. À peine cette brume

des choses lointaines qui peut être arrivèrent. ..

 

Qui a perturbé mon enfance ? Qui m'a jeté des cendres

de mort ? Que m'a-t-on donné, Seigneur, que m'a-t-on donné ?

 

Qui a reçu les doux élans de ma bonté,

les liqueurs irisées de mon cœur généreux ?

 

Les haines ancestrales ont-elles gâté mon vin ?

Et dois-je mes blessures aux hommes d'autres âges

que je ne connais pas encore ?

 

Mon enfance aussi triste qu'un jour de pluie,

où j'ai tari toute la soif de ma douceur

en regardant le chemin, de plus en plus bleu !

 

 

 

ENVOI

 

Peupliers du chemin, qu'il y ait dans ce chant

trois riens de fatigue et un de bénédiction,

fatigue, mes pas sous les arbres des futaies.

Bénie soit à jamais la première chanson !

Peupliers, j'ai quitté mon enfance moussue

où le chemin, lui seul, me parlait d'émotion.

J'ai appris à aimer les arbres, à contempler les choses

en mettant un peu d'émotion dans mes pupilles.

Peupliers, pour mes heures

lointaines bénissons la première chanson !

 

 

 

 

Pablo Neruda

Cahiers de Temuco (1919-1920)

Traduction de Claude Couffon

Le Temps des Cerises, 2003

SG