30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 16:12

 

Feuilles d'automne qui du vent

connaissez la traîtrise,

je vous vois sur la branche

qui tremblez, si fragiles,

ne quittez pas encore

l'ensemble magnifique

si joliment teinté, par vous,

de pourpre et d'or.

 

Laissez-moi écouter

la très douce musique

d'une feuille choquant l'autre

quand passe sur vous la brise.

 

N'enlevez pas déjà

vos si jolies parures

où se trouvent réunis

le doux vert d'espérance

et le brun très foncé

d'un mystère caché.

 

Pourtant si le vent,

des hauteurs,

vous oblige à tomber,

vous serez encore belles

ou luisantes sur la mousse

ou bien épaisses et douces

comme un tapis doré

étendu à nos pieds.

 

Un jour, sur l'arbre désolé,

toutes vos places seront vides,

mais, à mesure que les saisons

referont tout le cycle,

d'autres vous remplaceront,

tour à tour très brillantes

ou tout à fait ternies,

se balançant au vent

ou sur le sol blotties.

 

Feuilles rouges ou jaunes d'or

qui ornez les plus simples rameaux,

vous êtes bien le symbole

d'une vie éphémère

qui pour nous doit finir

mais seulement à nos yeux.

 

Comme l'automne

avant de nous quitter,

vous projetez vos lumières dernières.

Les belles âmes, avant de s'éteindre,

éclairent, brillent à l'entour

d'une suprême lueur

avec toute la beauté

contenue dans leur coeur.

 

Frêles feuilles passagères

jamais vous n'êtes plus belles

qu'avant de disparaître.

Voyons là un modèle

qu'il est bon d'imiter :

qu'une vie soit plus riche,

au soir de son couchant,

qu'elle donne à la terre

tout le meilleur d'elle-même

et toute sa qualité.

Sachons qu'il faut

finir, mais finir en beauté,

accepter de baisser

afin de mieux s'élever,

laisser la brume d'automne

pour la clarté des cieux.

 

 

 

 

France d'Avrigny

Nocturnes

Les Paragraphes Littéraires de Paris, 1967

SG