12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 07:35

 

Par une telle attention habité

que l'art l'avait absorbé corps et âme. Il n'entendait

même plus ; sans cesse il écartait le vent

comme s'il venait de feuillages fous.

De même que troublaient son sommeil

les coups de rabot des rossignols.

La pensée, niveau à bulle ; quand il va

d'entaille en entaille les nœuds de l'arbre ont jailli

dans ses mains.

Avec les ans, les « eaux » enroulées autour

du même axe : peau sur peau, rythme autodidacte

vers l'intérieur à la recherche

                                             des sens perdus.

Son coup de rabot maternel dialogue avec le bois ;

(feuilletant rudement l'existence en des lectures

à voix basse).

S'accrochant au madrier tel un naufragé

à sa planche. Étreinte d'amant superbe

menuisant le corps de la femme.

Le ciseau dans la fente

de l’Être, contractant noyade

et sauvetage.

 

Les copeaux le cachent comme des fleurs

jusqu'aux genoux. Mais non ! Les flammes tout près

l'assignent.

 

 

 

Manòlis Pratikàkis

La magie de ne rien revendiquer

Anthologie de la poésie grecque contemporaine, 1945-2000

Choix et traduction de Michel Volkovitch

Gallimard, 2007

SG