13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 07:06

 

                              pour Paul Antschel

 

 

Un saule au bord de l'eau

dans une campagne vide

avec, par-dessus, un soir

aveugle et pâle :

Il y avait là un homme à l'écoute,

assis le long de la berge,

et comme l'eau bruissait,

il s'oubliait et oubliait le temps.

 

Et pas la moindre lueur d'une étoile,

pas de vent, il ne se passait rien,

la campagne était vide comme toujours,

et pourtant tout était là.

Il savait s'entourer

de ce qui lui était familier :

Cette vie était sa vie,

sa campagne était sa campagne.

 

Survinrent alors des temps farouches,

la folie à travers le monde :

il se sentit glisser

et sut qu'il avait failli.

Il dut regarder des étrangers

et s'adonna au lointain,

des yeux de belles femmes

troublèrent sa raison.

 

À présent la fuite est achevée,

les années longuement perdues :

ses mains sont si vides,

et rien de ce qu'il a gardé.

Désormais, à la fente du soir,

une seule chose existe :

au bord de l'eau un saule

dans une campagne vide.

 

                                               21 septembre 1945

 

 

 

Alfred Margul-Sperber

Poèmes de Czernowitz

traduits de l'allemand par François Mathieu

Laurence Teper, 2008

SG